Les appels à la vidéo se sont multipliés lors de la coupe du Monde : une facilité pour les arbitres pour qui le jeu devient de plus en plus rapide. Mais aussi un outil qui peut être bien ou mal utilisé.
La règle
L’appel à la vidéo est très codifié.
Chaque équipe peut faire appel à la vidéo via l’arbitre sur le terrain et doit le faire dans les 10 secondes qui suivent une décision de l’arbitre de terrain ou dans la suite d’un incident qui peut en faire l’objet. Tant que l’équipe qui a demandé l’appel ne reçoit pas un avis négatif sur son appel, il conserve ce droit. Une fois perdu, il n’a plus le droit d’y faire appel … ni de houspiller l’arbitre pour le faire.
Les arbitres sur le terrain ont la possibilité de faire appel à la vidéo pour leur propre compte, pour faire revoir une phase de jeu par leur collègue à la vidéo, uniquement pour une phase de but, pour une faute dans le cercle ou pour une faute pouvant donner lieu à une carte. Il doivent, comme pour les équipes, poser une question claire à leur collègue vidéo.
Les limites
Au-delà de ces règles de principe, il y a bien sûr la réalité du terrain et les (nombreux) commentaires que les gestionnaires de l’arbitrage font pour cadrer ces appels, gérer les différentes situations et poser les limites des appels. Nul doute que les Umpire Manager et Technical Delegate de ce Mondial ont eu leur influence sur la manière d’appréhender ce job de l’arbitre vidéo durant cette quinzaine.
Les dérapages
La Belgique a été à deux reprises victime de l’arbitrage vidéo avec deux buts annulés, l’un pour Tom Boon, l’autre pour Famke Van Heel. Pour les deux actions, l’arbitre australienne Aleisha Neumann (116 sélections) a joué un rôle central.
Assise à la vidéo pour le cas de Tom Boon, elle a jugé le tir en revers en backstick. Après analyse, il s’avère que le stick de TB a touché le sol environ 20 centimètres avant l’impact avec la balle : c’est sans doute cette petite éclaboussure d’eau qui a poussé Neumann à décréter le back stick. Pourtant, la balle n’est pas montée et a trompé le gardien entre ses guêtres dans un tir très à plat.
Pour ce qui est du cas Famke Van Heel, l’arbitre de Tobago et Trinidad Ayanna McClean (168 sélections et meilleur arbitre FIH 2025) a décidé de trouver une autre faute que celle demandée par l’arbitre de terrain Neumann. Une obstruction « shadow » qui aura annulé un but que la majorité du monde du hockey a jugé valable. Dans ce cas-ci, le but de FVH était sifflé but, puis Neumann, sous pression de l’arrière néerlandaise Lisa Post, et alors que les deux équipes avaient perdu le droit à l’appel vidéo, a voulu s’assurer que la balle avait été correctement tirée (et pas en back stick). L’arbitre vidéo McClean n’a pas répondu à la question du back stick mais a fait preuve d’un zèle surprenant en décrétant une obstruction, celle-ci étant une réalité suivant une certain angle photographique, mais certainement pas lorsqu’il est visionné dans son mouvement global, et, pour la grande majorité du monde du hockey, inexistante, la joueuse néerlandaise ne jouant pas la balle.
Dans les deux cas, les avis étant quasi-unanimes et à la fois des Umpire Manager et à la fois des arbitres (internes au Mondial) qui se sont exprimés sur ces deux erreurs en défaveur des Belges. Et le monde du hockey a trouvé la même incompréhension par rapport aux décisions arbitrales, qui peuvent être qualifiées d’extrêmement sévères si pas hyper-pointilleuses. On ne recevra pas d’excuses officielles de la part de la FIH (comme en 2008) avec l’erreur de l’arbitre Kim aux JO de Pékin.
Ombre sur l’arbitrage
Les arbitres sont très (trop) souvent critiqués. Les interprétations très sévères de ces deux arbitres confirmés (certainement pas de seconde zone, comme certains ont bien voulu les traiter) ont jeté l’opprobre sur l’arbitrage et ont engendré des réactions émotionnelles et excessives de la part du monde du hockey et extérieur au hockey. Le hockey n’avait pas besoin de cela et l’arbitrage encore moins. Mais en expliquant ce qui s’est passé dans la tête des arbitres cités plus haut, avec une pression (qu’elles vont certainement nier) externe (du stade, des diverses « directions » et acteurs de ce tournoi), on peut tempérer, comprendre sans approuver, et se rendre compte de leur travail indispensable en marge du match. Elles ont fait des erreurs, c’est indubitable. Mais explicables. En tout cas, ces incidents VAR ont terni le tournoi.
Autre ombre sur l’arbitrage, les réactions du côté des Pays-Bas sur l’arbitrage vidéo de Laurine Delforge lors du match Messieurs pour la 3e place, avec une décision sur le dernier pc qui donne tort aux Néerlandais et qui offre le Bronze à l’Argentine. Notre arbitre, tout à fait oubliée par les Umpire Manager dans ce tournoi avec seulement 7 rencontres et rien en phase finale si ce n’est ce siège derrière les écrans, a fait son job et jugé, comme l’ensemble des arbitres, en son âme et conscience. Mais quelle boulette de la part de la direction du tournoi de la désigner pour un match des Pays-Bas après les erreurs précédentes. Et d’ailleurs aussi, quelle erreur d’avoir désigné Neumann pour siffler la demi-finale de la Belgique après son arbitrage vidéo douteux des Red Lions : la FIH a de quoi se poser des questions sur la direction arbitrale de ce tournoi.
L’interview de Justine
Suite à la rencontre face aux Pays-Bas, perdue 0-1, RTL a interviewé Justine Rasir directement après la rencontre. Cette dernière était encore sous le coup de la déception et de l’annulation injuste du but à cause de sa position jugée en shadow obstruction sur la phase. Elle a parlé de vol et est sortie de sa réserve en parlant vrai, chose à ne pas faire en interview pour une joueuse dans un match de ce niveau : les règles de la FIH sont claires à ce sujet. Elle a été suspendue par la FIH. Sanction plus légère pour Alix Gerniers qui a invectivé l’arbitre Neumann à la fin du match et qu’on aurait pu canaliser lors de la fin de cette rencontre. Dans un podcast, Justine Rasir est revenue sur cette interview (qu’elle voudrait voir effacée à tout jamais), reconnaissant être fautive mais insistant sur le fait qu’elle aurait voulu être aidée au moment d’être appelée pour l’interview. « J’ai regretté presque instantanément mes propos mais je voudrais aussi que la Fédé gère et nous canalise, et en tout cas puisse voir si on est en état de subir de cet interview ; je n’ai pas eu de protection, on aurait pu prendre une autre joueuse. Cette interview, ces mots, c’est ma faute… mais je n’ai pas eu de protection. » La punition pour la sympathique joueuse a été rude… Il lui restera la médaille et la célébration du 1-0 belge avec Charlotte Englebert qui est venue la consoler en tribune.
Réseaux sociaux excessifs
Les réactions sur les réseaux sociaux ont été incroyablement nombreux et sont sortis des habituels « postes » émis par le monde du hockey. Cela a alerté la FIH qui a pris de la mesure des débordements, avec des insultes racistes à l’encontre de Mc Clean, des injures envers les arbitres, des « compliments » peu amènes envers les Néerlandaises, etc.
Les médias ont été bien plus mesurés et même aux Pays-Bas, les journaux ont reconnu que les Oranje avait été vernies par les décisions arbitrales.
Le débordements de Facebook ne sont pas ceux qu’on voit habituellement dans le monde du hockey : ils ne méritent pas d’exister, même au nom de la liberté d’expression.
Cette coupe du Monde ne méritait pas cela.













